Plonger avec des requins reste l’une des expériences les plus intenses que la mer puisse offrir. Pourtant, la grande majorité des plongeurs qui s’y préparent cherchent surtout des listes d’espèces, des destinations et des anecdotes, alors que ce qui fait vraiment la différence sur un site, c’est la capacité à lire ce qui se passe devant soi. Comprendre ce qui attire, apaise ou stresse un requin, savoir quoi faire avant, pendant et après la rencontre, et choisir des sorties responsables : voilà le vrai programme d’une plongée à la fois sûre et respectueuse.
- Lire le comportement d’un requin (trajectoire, pectorales, cambrure) est plus utile que connaître son espèce pour réagir correctement sous l’eau.
- La grande majorité des incidents impliquant des requins résultent d’une confusion sensorielle ou d’un comportement humain inadapté, non d’une prédation intentionnelle.
- Maintenir une position stable, horizontale et groupée, sans mouvements brusques, reste la règle fondamentale de toute rencontre.
- Le choix de l’opérateur, la qualité du briefing et les conditions du site (courant, visibilité, saison) conditionnent autant la sécurité que le comportement du plongeur lui-même.
- Soutenir des associations spécialisées et participer à des programmes de science participative transforme chaque plongée en acte de conservation concret.
Pourquoi les requins fascinent et ce que la science dit du risque
Les requins existent depuis près de 450 millions d’années. Ils ont traversé cinq extinctions massives qui ont effacé la quasi-totalité du vivant sur Terre, et ils sont toujours là. Cette longévité évolutive n’est pas anecdotique : elle dit quelque chose de fondamental sur l’efficacité biologique de ces animaux. Aujourd’hui, on recense plus de 500 espèces d’élasmobranches, réparties de la surface tropicale aux abysses polaires, du requin baleine de 12 mètres au petit squale de fond de 20 centimètres.
Leur rôle écologique est structurant. En tant que prédateurs au sommet de leur chaîne alimentaire, les requins régulent les populations de proies, éliminent les individus malades et maintiennent l’équilibre des écosystèmes marins. Retirer les requins d’un récif corallien, c’est déclencher une cascade d’effets qui finit par dégrader l’ensemble de l’écosystème, y compris les ressources halieutiques dont dépendent des millions de personnes.
Face à cette réalité écologique, les chiffres d’incidents restent frappants par leur rareté. À l’échelle mondiale, les attaques non provoquées confirmées se comptent en dizaines par an, avec un nombre de décès qui ne dépasse généralement pas une dizaine. À titre de comparaison, les noyades, les accidents de voiture pour se rendre à la plage ou même les piqûres de méduses représentent des risques statistiquement bien supérieurs pour un baigneur ou un plongeur. Le biais médiatique est massif : chaque incident impliquant un requin génère une couverture internationale disproportionnée, alors que la disparition silencieuse de millions de requins chaque année par la pêche aux ailerons passe quasi inaperçue.
La science nuance également la vision d’un prédateur mécanique et prévisible. Des études récentes suggèrent que les requins ont une forme de personnalité individuelle : deux individus d’une même espèce, placés dans une situation identique, peuvent réagir de manière radicalement différente. Des observations empiriques décrivent même des variations de comportement d’un même requin envers un même plongeur selon les rencontres, qualifiées de multifactorielles. Ce n’est donc pas un automate à éviter, mais un animal complexe, sensible au contexte, à l’heure, à la luminosité, à la présence d’autres individus et à l’attitude du plongeur lui-même.
Poser ce socle rationnel est indispensable avant d’entrer dans l’eau. Un plongeur qui a peur de manière irrationnelle adoptera des comportements erratiques. Un plongeur bien informé observera, interprétera et réagira de façon adaptée. C’est précisément pour comprendre cette interaction que la question des sens du requin devient centrale.
Comment un requin perçoit un plongeur : sens, curiosité et distance

Un requin ne voit pas un plongeur comme une proie par défaut. Il le perçoit d’abord comme une anomalie dans son environnement, quelque chose à identifier. Cette identification passe par un arsenal sensoriel remarquable, dont la compréhension permet d’anticiper les approches et de limiter les stimuli inutiles.
L’odorat est souvent surestimé dans les représentations populaires. Les requins détectent effectivement des concentrations infimes de substances chimiques dans l’eau, y compris le sang, mais la détection olfactive fonctionne à longue distance et dépend des courants. Elle attire l’animal vers une zone générale, sans lui donner une position précise. Pour un plongeur sans blessure ouverte, ce vecteur reste marginal.
La ligne latérale est autrement plus déterminante dans les interactions rapprochées. Cet organe, présent chez tous les poissons, capte les variations de pression dans l’eau. Les bulles d’un détendeur, les mouvements brusques d’un plongeur, les battements de palmes irréguliers : tout cela génère des ondes de pression que le requin ressent à plusieurs mètres. Un plongeur agité envoie un signal qui ressemble à celui d’un animal blessé ou en difficulté.
L’électroréception, via les ampoules de Lorenzini, permet aux requins de détecter les champs électriques produits par les muscles de tout être vivant. À courte distance, un plongeur émet un signal électrique perceptible. Certains équipements métalliques peuvent amplifier ce signal ou créer des interférences.
La vue joue un rôle croissant à mesure que la distance diminue. Les requins distinguent bien les contrastes, notamment entre une combinaison sombre et une peau claire, ou entre une surface réfléchissante et le fond. Les bijoux, les montres à cadran clair, les palmes jaunes vif peuvent attirer l’attention dans des contextes où la visibilité est bonne.
Ce que représente concrètement un plongeur pour un requin dépend aussi du contexte : un plongeur immobile au fond, en position horizontale, respirant régulièrement, génère peu de stimuli. Un plongeur qui descend verticalement depuis la surface, qui bat des palmes de façon désordonnée ou qui se retourne brusquement envoie des signaux bien différents. La profondeur relative du plongeur par rapport au requin — approche par le haut ou par le bas — modifie également la nature de l’interaction, le requin étant naturellement plus à l’aise avec une approche latérale ou frontale qu’avec une présence au-dessus de lui.
Comprendre ces mécanismes sensoriels permet de choisir ses gestes, sa position et son équipement de façon éclairée. Mais savoir comment un requin perçoit n’est que la première étape : encore faut-il savoir lire ce qu’il exprime une fois qu’il est là.
Décoder le comportement : signaux de calme, curiosité et stress
La lecture du comportement d’un requin est une compétence qui s’acquiert et qui repose sur des signaux observables, pas sur de l’intuition. L’erreur classique est de ne regarder que la gueule. C’est l’ensemble du corps, la trajectoire et le rythme de nage qui donnent l’information pertinente.
Signaux de calme et de curiosité neutre :
- Nage fluide, régulière, avec des ondulations amples de la nageoire caudale
- Nageoires pectorales en position horizontale ou légèrement abaissées de façon symétrique
- Trajectoire courbe ou circulaire large, sans accélération
- Passages répétés à distance constante, sans réduction progressive de la distance
- Corps droit, sans cambrure dorsale marquée
Un requin curieux effectue souvent des passages en arc, revient, évalue. Ce comportement est normal sur la plupart des sites de plongée avec les requins. Il ne nécessite pas de réaction particulière, sinon de rester immobile, groupé et de suivre l’animal du regard sans le fixer de manière agressive.
Signaux d’agitation et d’alerte :
- Rabaissement des nageoires pectorales de façon marquée et asymétrique
- Cambrure prononcée du dos, tête relevée, museau pointé vers le bas
- Balayement mécanique et rapide de la nageoire caudale, mouvement saccadé plutôt que fluide
- Basculement horizontal du corps, nage en tire-bouchon
- Réduction progressive et rapide de la distance à chaque passage
- Ouverture de la bouche sans contexte alimentaire évident
- Inclinaison verticale du corps, tête vers le bas ou vers le haut de façon exagérée
- Coups de museau exploratoires, surtout sur l’équipement
Ces signaux d’agitation constituent ce que les spécialistes de l’interaction homme–requin appellent des signaux d’alerte. Ils indiquent que l’animal est stressé, se sent menacé dans son espace ou que la situation dépasse son seuil de tolérance. La réponse appropriée n’est pas la fuite précipitée, mais un retrait lent, contrôlé, sans tourner le dos.
D’autres comportements méritent attention sans être nécessairement alarmants dans tous les contextes :
- La nage parallèle avec d’autres requins peut signaler une compétition ou une excitation alimentaire collective
- Le télescopage entre deux requins indique une tension sociale entre individus
- La tape sur la queue dirigée vers un plongeur ou un objet est un signal d’avertissement clair
- Le saut hors de l’eau est généralement lié à la chasse ou à des comportements sociaux, pas directement à la présence du plongeur
Il faut aussi intégrer le facteur de l’heure et de la luminosité. Certaines espèces sont notablement plus actives à l’aube, au crépuscule ou la nuit, périodes où leur comportement alimentaire s’intensifie. La visibilité joue un rôle direct : par mauvaise visibilité, le requin ne peut pas identifier clairement le plongeur, ce qui augmente le risque de confusion sensorielle et justifie une prudence accrue. Ces paramètres — heure, luminosité, visibilité — font partie intégrante de la grille de lecture d’une rencontre.
Avoir cette grille en tête transforme l’expérience : on passe du spectateur passif à l’observateur actif, capable d’ajuster sa conduite en temps réel. C’est précisément ce que couvre la section suivante.
Conduite à tenir en plongée avec les requins : les règles qui changent tout
Les règles de comportement en présence de requins ne sont pas des conventions arbitraires. Elles découlent directement de ce que l’on sait des sens et du comportement de l’animal. Les appliquer systématiquement réduit les risques et améliore la qualité de l’observation.
Position du corps et flottabilité
La position horizontale, stable, proche du fond ou d’un tombant, est fondamentale. Elle réduit la surface exposée vue du dessous, limite les mouvements de palmes et ancre visuellement le plongeur dans son environnement. Une flottabilité neutre parfaitement maîtrisée est non négociable : un plongeur qui monte et descend de façon incontrôlée génère des variations de pression et des mouvements imprévisibles. Sur les sites de plongée avec les requins, les guides de plongée insistent systématiquement sur ce point lors du briefing.
Maintien du groupe
Rester groupé avec ses coéquipiers n’est pas une règle de confort, c’est une règle de sécurité comportementale. Un plongeur isolé présente une silhouette plus vulnérable et moins identifiable. Le groupe forme une masse visuelle cohérente qui, dans la plupart des cas, dissuade une approche trop insistante. Ne jamais s’éloigner du binôme ou du groupe pour suivre un requin seul.
Distance de sécurité et contact visuel
La distance minimale recommandée varie selon les espèces et les sites, mais une règle générale de 2 à 3 mètres s’applique dans la majorité des contextes. Maintenir un contact visuel avec l’animal — sans le fixer de façon agressive — lui signale que le plongeur est conscient de sa présence. Tourner le dos à un requin qui approche est l’une des erreurs les plus courantes et les plus contre-productives.
Gestion d’une approche insistante
Si un requin réduit progressivement la distance malgré la présence du groupe, la réponse est : ne pas paniquer, ne pas fuir, faire face. Se retourner lentement pour lui faire face, resserrer le groupe, et si nécessaire, utiliser la main ou un stick de plongée pour créer une barrière physique douce sur le museau — zone très sensible. Ce geste doit être ferme mais non violent, sans frapper l’animal. Les guides de plongée expérimentés sur les sites fréquentés pratiquent cette technique régulièrement.
- Ne jamais nager vers un requin qui s’éloigne pour le rattraper
- Ne jamais bloquer la trajectoire d’un requin en mouvement
- Éviter les mouvements brusques, les gesticulations et les cris sous l’eau
- Ne pas toucher un requin, même s’il semble indifférent
- Éviter de plonger avec des blessures ouvertes ou pendant les menstruations sur des sites à forte densité
Procédures de fin de plongée et de sortie
La remontée est souvent le moment le plus délicat. Un plongeur qui remonte verticalement depuis le fond vers la surface présente une silhouette qui, vue du dessous, ressemble à celle d’une proie en difficulté. La remontée doit être lente, contrôlée, en restant face à la zone où des requins ont été observés, en évitant les palonnages brusques. À la surface, les mouvements de palmes en surface imitent ceux d’un animal blessé : remonter à bord rapidement et sans agitation.
Ces règles constituent la base. Leur application concrète dépend aussi du choix de la sortie elle-même — opérateur, conditions, niveau requis — ce que la section suivante détaille.
Préparer sa sortie : choix du centre, briefing, conditions et équipement
Une plongée avec les requins réussie se prépare bien avant de mettre un masque. Le choix de l’opérateur est la première décision critique, et elle ne se résume pas au prix ou à la destination.
Choisir un opérateur sérieux
Un centre de plongée ou un opérateur spécialisé dans la plongée avec les requins doit pouvoir répondre clairement à plusieurs questions :
- Quel protocole applique-t-il en cas d’approche insistante d’un requin ?
- Le briefing couvre-t-il les comportements à observer et les signaux d’alerte ?
- Les guides de plongée sont-ils formés à l’interaction homme–requin, ou simplement à la logistique de plongée ?
- Le site pratique-t-il le nourrissage ou le chumming, et dans quel cadre réglementaire ?
- Quelle est la politique de l’opérateur en matière de conservation et d’écotourisme ?
Un opérateur qui esquive ces questions ou qui minimise les protocoles de sécurité est un signal d’alerte. À l’inverse, un centre affilié à des programmes de shark education ou à des associations de conservation sera généralement plus rigoureux sur l’ensemble de la chaîne.
Le briefing : pierre angulaire de la sortie
Un bon briefing avant une plongée avec les requins dure entre 20 et 40 minutes sur les sites sérieux. Il doit couvrir : les espèces susceptibles d’être rencontrées, les comportements attendus, les signaux d’alerte, les règles de position et de distance, la procédure de remontée et la conduite à tenir en cas d’incident. Un briefing expédié en cinq minutes est insuffisant. Si le briefing reçu vous semble incomplet, posez des questions.
Évaluer les conditions du site
Les conditions environnementales modifient directement le comportement des requins et le niveau de risque :
| Condition | Impact sur la rencontre | Recommandation |
|---|---|---|
| Fort courant | Requins plus actifs, plongeur moins stable | Maîtrise du courant indispensable, niveau confirmé |
| Mauvaise visibilité | Confusion sensorielle accrue, identification difficile | Éviter si visi < 5 m sur sites à forte densité |
| Bonne visibilité | Observation optimale, comportement plus prévisible | Conditions idéales pour débutants en requin |
| Crépuscule/nuit | Activité alimentaire accrue | Réservé aux plongeurs expérimentés avec guide formé |
| Saison de reproduction | Comportement potentiellement plus territorial | Vérifier avec l’opérateur local |
La saison est également déterminante : certains sites n’offrent des rencontres de qualité qu’à des périodes précises de l’année, liées aux migrations, aux cycles de reproduction ou aux conditions océanographiques. Un opérateur honnête vous dira si vous venez hors saison.
Adapter son équipement
La combinaison doit couvrir l’ensemble du corps, même en eau chaude : elle réduit les risques de contact accidentel et limite les zones de peau nue exposées. Le lestage doit être précis pour garantir la flottabilité neutre. Une lampe de plongée est utile même en eau claire pour explorer les zones d’ombre où les requins se tiennent. Un parachute de palier est indispensable pour les remontées en pleine eau sur les sites pélagiques. Évitez les bijoux, les montres à cadran très clair et les équipements avec des reflets métalliques intenses.
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Niveau requis
La plongée avec les requins de récif en eau claire et peu profonde est accessible à un plongeur niveau 1 ou Open Water accompagné d’un guide. Les plongées en passes avec forts courants, les sorties pélagiques ou les plongées de nuit nécessitent un niveau avancé et une expérience significative. Surestimer son niveau dans ce contexte n’est pas seulement dangereux pour soi : un plongeur en difficulté génère des signaux qui perturbent l’ensemble du groupe et peuvent modifier le comportement des requins présents.
Une fois la sortie bien préparée, la question qui reste est : quels requins vais-je rencontrer, et dans quel contexte ?
Espèces fréquemment rencontrées par les plongeurs et contextes typiques
Plutôt que d’établir un catalogue exhaustif, l’approche la plus utile pour un plongeur est de comprendre quelles espèces il est susceptible de croiser selon le type de site, et ce qu’il doit en attendre en termes de comportement.
Les requins de récif
Le requin de récif à pointes noires (Carcharhinus melanopterus) et le requin de récif à pointes blanches (Triaenodon obesus) sont parmi les espèces les plus fréquemment rencontrées dans les eaux tropicales indo-pacifiques. Le premier évolue souvent en eaux peu profondes, parfois à la limite du platier, et adopte généralement un comportement curieux mais peu insistant. Le second est souvent observé au repos sous des surplombs ou dans des grottes — une cleaning station classique. Il se laisse approcher à distance raisonnable sans réaction particulière.
Le requin de récif gris (Carcharhinus amblyrhynchos) est plus territorial, notamment dans les passes et les tombants. C’est l’espèce sur laquelle la lecture des signaux d’agitation est la plus importante : le comportement de menace décrit plus haut (cambrure, pectorales abaissées, nage en tire-bouchon) lui est fréquemment associé lorsqu’il se sent acculé ou suivi de trop près.
Les espèces pélagiques
Le requin océanique (Carcharhinus longimanus) et le requin soyeux (Carcharhinus falciformis) sont rencontrés en pleine eau, souvent lors de plongées pélagiques ou autour d’agrégations de thons. Le requin océanique est connu pour ses approches persistantes et sa curiosité marquée : il teste, revient, réduit la distance progressivement. La règle du groupe serré et du contact visuel maintenu est particulièrement critique avec cette espèce.
Les grandes espèces emblématiques
Le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) est observé depuis des cages ou en plongée libre sur quelques sites spécifiques (Afrique du Sud, Australie, Mexique, Nouvelle-Zélande). Ces plongées sont très encadrées et réservées à des contextes précis. Le requin tigre (Galeocerdo cuvier) est rencontré sur certains sites des Bahamas ou de Polynésie dans le cadre de plongées organisées, souvent avec nourrissage encadré. Le requin baleine (Rhincodon typus), planctivore, est observé en snorkeling ou en plongée libre sur des sites saisonniers (Mexique, Maldives, Australie occidentale) — son comportement est passif mais sa taille impose de maintenir une distance de sécurité stricte pour éviter les coups de queue involontaires.
Contextes typiques d’observation
- Les passes : zones de courant entre lagon et océan ouvert, où les requins se positionnent pour chasser. Sites emblématiques en Polynésie française (Fakarava, Rangiroa). Courant souvent fort, visibilité variable.
- Les tombants : parois verticales où les requins patrouillent en eau bleue. Observation latérale, profondeur à surveiller.
- Les cleaning stations : zones peu profondes où les requins se font nettoyer par des poissons nettoyeurs. Comportement calme, approche possible à distance raisonnable.
- Les sites pélagiques : pleine eau, souvent autour d’épaves ou d’agrégations de poissons. Requins plus actifs, moins prévisibles.
Chaque contexte impose une adaptation du comportement du plongeur. La compréhension de ces situations prépare également à la question des pratiques d’attraction — nourrissage, chumming — qui soulèvent des débats importants dans la communauté de la plongée.
Attractants, chumming et nourrissage : comprendre les pratiques et choisir responsable

La présence de requins sur un site de plongée n’est pas toujours le fruit du hasard. Sur de nombreux sites dans le monde, des pratiques d’attraction sont utilisées pour garantir les rencontres. La bonne méthode est de comprendre ce que recouvrent ces pratiques, leurs implications, et comment évaluer leur caractère éthique.
Trois niveaux de pratiques à distinguer
L’observation naturelle consiste à plonger sur des sites où les requins sont présents de façon endémique, sans aucun attractant. C’est le cas des passes polynésiennes, de certains tombants des Maldives ou des sites de cleaning stations. Le plongeur s’adapte à la présence naturelle de l’animal.
Le chumming consiste à répandre dans l’eau des substances odorifères — sang, morceaux de poisson, huiles — pour attirer les requins depuis une zone plus large. Cette pratique modifie l’état d’excitation des animaux avant même que les plongeurs entrent à l’eau. Elle est légale dans certains pays, interdite dans d’autres, et son usage est controversé même là où elle est autorisée.
Le nourrissage actif consiste à donner directement de la nourriture aux requins pendant la plongée. C’est la pratique la plus répandue sur les sites commerciaux de type « shark dive » (Bahamas, Fidji, Polynésie, Maldives). Elle garantit la présence et la proximité des requins, mais soulève des questions importantes.
Impacts potentiels et questions de sécurité
Le nourrissage régulier peut modifier le comportement naturel des requins : association de la présence humaine à la nourriture, modification des habitudes de chasse, dépendance à un site artificiel. Sur le plan de la sécurité, un requin habitué au nourrissage peut adopter des comportements d’anticipation alimentaire — accélérations, approches plus insistantes — qui augmentent le niveau de risque pour des plongeurs non habitués à ce contexte. Des incidents documentés sur des sites de nourrissage ont impliqué des plongeurs qui ne respectaient pas les protocoles.
À l’inverse, certains programmes de nourrissage encadrés ont contribué à protéger des populations locales de requins en leur donnant une valeur économique directe, décourageant ainsi la pêche. L’équation n’est donc pas binaire.
Critères pour évaluer l’éthique d’une sortie
- L’opérateur respecte-t-il un cadre réglementaire local clair ?
- Le nourrissage est-il pratiqué par un guide formé, avec des quantités contrôlées ?
- Les plongeurs sont-ils briefés sur les risques spécifiques liés au nourrissage ?
- L’opérateur contribue-t-il à des programmes de conservation ou de suivi scientifique ?
- La pratique est-elle transparente dans sa communication (site web, briefing) ?
Fuir systématiquement les sites de nourrissage ou les accepter sans questionnement sont deux positions également peu éclairées. L’important est de choisir un opérateur qui a réfléchi à ces enjeux et qui peut en rendre compte. Cette réflexion s’applique aussi à la photographie sous-marine, qui génère ses propres risques comportementaux.
Photographier et filmer les requins sans les perturber
La photographie sous-marine avec des requins est l’une des disciplines les plus exigeantes de l’image subaquatique. Elle combine des contraintes techniques importantes avec une responsabilité comportementale réelle, souvent sous-estimée.
Distance et angle d’approche
L’erreur la plus fréquente est de poursuivre un requin pour obtenir un plan serré. Cette poursuite génère exactement les signaux qu’il faut éviter : approche dans l’axe arrière de l’animal, réduction rapide de la distance, mouvements de palmes intenses. Le résultat est souvent une fuite du sujet et un stress inutile. La bonne approche est d’anticiper la trajectoire du requin et de se positionner sur son chemin, immobile, en laissant l’animal décider de la distance.
Un grand angle — objectif 16-35 mm ou fisheye — permet d’obtenir des images proches sans nécessiter de s’approcher à moins d’un mètre. C’est l’optique de référence pour la photographie de requins. Les téléobjectifs sous-marins permettent de travailler à distance, mais leur utilisation en plongée avec des requins actifs reste complexe.
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Gestion des flashs et des lumières
Les flashs sous-marins puissants, déclenchés à répétition à courte distance, peuvent perturber certains animaux. Sur les sites de plongée avec les requins, certains opérateurs interdisent les flashs ou les limitent à une puissance réduite. Les lumières continues (vidéo) sont généralement moins problématiques que les éclairs répétés. En pratique, si un requin réagit à chaque déclenchement en modifiant sa trajectoire ou en s’éloignant brusquement, c’est un signal clair pour réduire la puissance ou espacer les prises de vue.
Placement par rapport au courant et au récif
Se positionner face au courant, dos au récif ou au tombant, permet d’avoir une vue dégagée sur la zone de passage des requins sans bloquer leur trajectoire. Cette position est également plus stable pour la prise de vue. Évitez de vous placer entre un requin et son refuge (grotte, tombant) : vous bloquez une voie d’échappement potentielle, ce qui peut générer du stress.
Erreurs fréquentes qui mettent le binôme en danger
- Se concentrer exclusivement sur l’écran de l’appareil et perdre conscience de l’environnement immédiat
- S’éloigner du groupe pour suivre un sujet, laissant le binôme sans surveillance
- Utiliser un bras de flash encombrant qui réduit la mobilité et peut accrocher le fond ou un autre plongeur
- Descendre en profondeur involontairement en fixant un requin qui plonge
- Bloquer la remontée d’un autre plongeur en se positionnant dans son axe de montée
La photographie ne doit jamais primer sur la conscience situationnelle. Un plongeur qui photographie doit maintenir une attention partagée entre son sujet, son binôme, sa profondeur et sa réserve d’air. Cette discipline acquise sous l’eau se prolonge naturellement dans un engagement plus large pour la conservation des espèces photographiées.
Conservation et ressources utiles : associations, science participative et bonnes pratiques
Chaque plongée avec des requins peut être autre chose qu’une expérience personnelle. Elle peut devenir un acte de conservation concret, à condition de s’y engager avec les bons outils et les bons partenaires.
Comprendre les enjeux
Les requins font face à des pressions considérables à l’échelle mondiale. La pêche aux ailerons — pratique qui consiste à couper les nageoires et à rejeter l’animal vivant à la mer — tue des dizaines de millions de requins chaque année pour alimenter le marché de la soupe d’ailerons. La pêche accessoire, les filets dérivants, la dégradation des habitats côtiers et la surpêche des proies fragilisent des populations déjà lentes à se reproduire — certaines espèces ne donnent naissance qu’à quelques jeunes par an après une gestation de plusieurs mois. Ces pressions ont conduit à classer de nombreuses espèces comme vulnérables, en danger ou en danger critique sur les listes internationales.
Associations et programmes de shark education
Des associations spécialisées travaillent à la fois sur la recherche, la sensibilisation et le plaidoyer politique. Soutenir une association requin — financièrement ou comme bénévole — est l’une des actions les plus directes qu’un plongeur puisse entreprendre. Certaines de ces structures proposent des formations à l’interaction homme–requin, des programmes de shark education pour les plongeurs et le grand public, et des outils pour comprendre les enjeux de conservation au-delà des clichés.
Science participative et identification photographique
De nombreux programmes permettent aux plongeurs de contribuer directement à la recherche scientifique. Les bases de données d’identification photographique utilisent les marquages naturels des requins — taches, cicatrices, motifs cutanés — pour suivre les individus dans le temps et dans l’espace. Soumettre ses photos à ces programmes, même depuis un simple smartphone étanche, fournit des données précieuses sur les déplacements, les populations et les comportements. Ces contributions alimentent des études qui servent directement à la protection des espèces.
Choisir un tourisme à impact positif
L’écotourisme lié aux requins génère des revenus significatifs dans de nombreuses économies côtières, créant un argument économique puissant pour la protection des espèces. Un requin vivant, observé par des plongeurs sur plusieurs années, vaut infiniment plus qu’un requin pêché une seule fois. Choisir des opérateurs qui reversent une partie de leurs revenus à des programmes de conservation, qui participent à des études scientifiques ou qui forment leurs guides à la shark education, c’est orienter l’argent du tourisme vers la protection plutôt que vers la simple exploitation.
- Vérifier si l’opérateur est affilié à un réseau de conservation ou à un programme de science participative
- Signaler toute pratique abusive (nourrissage non encadré, harcèlement d’animaux) aux autorités locales ou aux associations compétentes
- Partager ses observations et ses photos via les plateformes de science participative dédiées aux élasmobranches
- Se former via des ressources spécialisées sur le comportement et la biologie des requins avant de plonger
La plongée avec les requins, pratiquée avec discernement, est l’une des expériences qui peut le plus efficacement transformer un plongeur en défenseur actif de la conservation marine. Ce n’est pas une question de militantisme : c’est simplement la conséquence logique d’avoir regardé un requin dans les yeux et d’avoir compris ce que représente sa présence dans l’océan.
Lire un requin dans l’eau, c’est finalement apprendre à lire la mer elle-même — ses équilibres, ses fragilités et la responsabilité qui accompagne le privilège d’y plonger.

